L’industrie routière a demandé à la communauté scientifique de conduire des études afin de mesurer un éventuel effet cancérogène des fumées de bitume. Des études ont ainsi été menées en toute indépendance par les plus hautes instances internationales de santé, comme l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé).
IARC 1 : une étude épidémiologique sur 80 000 travailleurs européens (1996)
Une étude épidémiologique a été menée par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC, ou IARC en anglais), avec des financements publics et privés (associations européennes représentant les fabricants de bitume [Eurobitume et CONCAWE] et l’industrie routière [EAPA]). Portant sur 80 000 travailleurs européens, dont 35 000 ayant été exposés pendant 20 à 25 ans aux fumées de bitume, elle avait pour objectif d’évaluer l’impact de ces fumées sur les causes de décès.
Cette étude a montré en 1996 que les travailleurs exposés étaient dans le même état de santé que la population générale. Si les cancers n’étaient pas plus répandus qu’ailleurs, il a cependant été relevé un nombre très légèrement plus élevé de cancers du poumon par rapport aux travailleurs du BTP non exposés, sans pouvoir établir de lien de causalité. Cette augmentation pouvait être due à divers facteurs confondants, tels que le tabagisme ou les modes de vie. Les conclusions recommandaient la conduite d’une étude complémentaire, dite « étude de cas témoins », afin d’identifier les causes de ce nombre plus élevé de cancers. Cela a donné lieu à l’étude IARC 2.
IARC 2 : une étude de cas qui vient compléter et préciser IARC 1 (2010)
Dans le cadre de cette étude, commencée en 2004 et publiée en octobre 2009, les chercheurs ont analysé 433 cas de cancer du poumon et 1 253 témoins. Les dossiers concernaient principalement des travailleurs du secteur routier provenant de six pays européens, dont la France, ainsi que d’Israël.
Comme l’explique Isabelle Stücker, responsable de l’étude à l’INSERM : « En l’état de nos connaissances scientifiques actuelles, aucun lien n’a été établi entre le cancer du poumon et l’exposition aux fumées de bitume. » Les résultats ont permis d’expliquer l’augmentation des cas de cancer du poumon observée dans la première étude par la consommation de tabac ou l’exposition antérieure aux goudrons de houille. Par ailleurs, l’étude a noté la réduction continue de l’exposition aux fumées de bitume au cours des dernières décennies. Parmi les sept pays, c’est la France qui a le plus contribué à cette étude par le nombre de cas étudiés.